La decentralisation pietine

 

En temoignage d'information paru le dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /2009 14:23

Tchad : Le processus de décentralisation au Tchad piétine


Moussa Torna/ Rennes Ouest de France


Hérité du système colonial français, et encore en vigueur dans la plupart des anciennes colonies, le modèle politique d'Etat unitaire fortement centralisé devient au fil des ans problématique sinon inopérant au regard des multiples conflits qu'il induit dans un pays comme le Tchad où la démocratie de façade instaurée en 1990 par le régime actuel sert uniquement de gadget.


Adapté parfaitement à la situation de l'après indépendance où l'Etat-providence fonctionnait à plein régime, le mode de gouvernance calqué sur le modèle jacobin français a permis, aux jeunes nations en construction, à l'exemple du Tchad de conforter l'appartenance à la communauté nationale partageant des valeurs communes moins évidentes au début, en raison du caractère hétéroclite des groupements humains au sein d'un territoire national résultant du tracé arbitraire des frontières actuelles des Etats par les anciennes puissances coloniales.

 


Aux lendemains de la prise en mains de la destinée de leurs pays respectifs, les dirigeants africains de l'époque avaient eu comme principal souci de consolider l'unité nationale encore en état de timide balbutiement. L'Etat exerce son autorité partout et en tout lieu et affirme sa présence sur toute l'étendue du territoire national à travers les services publics de proximité. Les services déconcentrés de l'Etat sont l'une des manifestations d'un Etat unitaire. Dans une période encore récente, le découpage administratif du Tchad comptait 14 préfectures à la tête desquelles sont nommés des préfets, représentants directs de l'administration centrale.


Cette forme de décentralisation appelé déconcentration de l'Etat a pour seul avantage de rapprocher l'administration des administrés mais elle ne permet pas la participation effective des populations locales à la prise des décisions à travers ce qu'on appelle communément aujourd'hui la « démocratie participative ». Le fonctionnement actuel de l'administration publique Tchadienne gangrenée par d'innombrables tares comme la corruption, le clientélisme, la gabegie, le détournement et la lourdeur administrative est loin de satisfaire le public et amène au contraire à poser les questions des limites même du système de l'Etat unitaire.

 

Presque 40 ans après l'indépendance, le constat en termes de niveau de développement économique et l'aménagement du territoire sur le plan national est effarant pour ne pas dire amer. Beaucoup des Tchadiens s'accordent à dire, le Tchad s'enfonce davantage dans une logique d'exclusion et de la culture d'inégalité qui favorise certaines régions et en délaisse d'autres. Tous les régimes du Tchad ont su se montrer particulièrement généreux à l'égard de leur région d'origine à coup de grands projets d'où le sentiment général de grande déception et de gâchis.

 


Pour adapter les institutions du pays aux réalités actuelles, une grande majorité de la classe politique et une importante partie de la population ont manifesté leur volonté de tendre vers plus de participation démocratique à travers l'adoption par referendum du principe de l'administration décentralisée figurant dans la constitution du 31 mars 1996. Il s'agit de doter à termes le pays, des collectivités territoriales décentralisées dotées de personnalité morale. Elles bénéficieront d'une autonomie administrative, financière, patrimoniale, économique, culturelle et sociale.

Les différents échelons des collectivités locales comprennent les communautés rurales, les communes, les départements et les régions. Cette grande réforme territoriale portée par le ministère délégué chargé de la décentralisation et les partenaires extérieurs se fait timidement jusqu'à présent. Même si le gouvernement continue de mener le processus, il n'en demeure pas moins que la volonté politique sur cette question fait largement défaut surtout au moment où le régime actuel est confronté aux conflits armés à répétition.

 

Concrètement, deux lois organiques ont été prises dans le cadre du processus de la décentralisation : la loi organique du 16 février 2000 fixant le statut des régions, départements et communes et la loi organique du 5 juin 2002 fixant celui des communautés rurales. Par ailleurs, une ordonnance datée de 2000 porte création des collectivités territoriales décentralisées à l'exception de l'échelon communautés rurales. Désormais, le territoire national se trouve organiser en 18 régions, 54 départements et 200 communes.


Face à la morosité générale, conséquence logique d'une mauvaise gouvernance des autorités actuelles duTchad, la décentralisation peut constituer un ultime recours pour apaiser les vives tensions et ramener la sérénité susceptible de mettre les tchadiens en capacité d'engager un véritable dialogue afin de parvenir à une paix définitive. Voilà une solution parmi tant d'autres qui a le mérite d‘associer les citoyens à la prise des décisions.

Par Ahmat Zeïdane Bichara

 

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